FLOW MONITOR   

Perception miroir sur la régulation du débit du lac Ontario

Marc Hudon   |   October 2020

Nous pouvons entendre ou lire encore des gens de l’amont du système Lac Ontario et fleuve Saint-Laurent qui pensent que « la régulation des débits du lac Ontario s’effectue à leur détriment dans le but de favoriser les communautés en aval et à l’inverse, bien des gens de l’aval pensent que la régulation du débit du lac Ontario s’effectue sans les prendre en considération afin de favoriser la partie amont ».

Pourtant, rien n’est aussi loin de la réalité!

Les membres du Conseil international du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent font tout ce qui est en leur pouvoir afin d’équilibrer les impacts du moindre volume d’eau de cette mer intérieure à partir du barrage hydroélectrique Moses-Saunders situé entre Cornwall ON et Massena NY., pour les secteurs géographiques et usagers directs et indirects multiples de cet immense système hydrographique. Pour ce faire, le Conseil se conforme à l’ordonnance d’approbation et directives de la Commission Mixte Internationale (CMI) et suit globalement les règles du Plan 2014 annoncé en décembre 2016 par la Commission Mixte Internationale, en remplacement au Plan 1958D. Les usages dont il est question autant pour la partie aval que celle amont comprennent la production hydroélectrique, les prises d’eau municipales et privées, la navigation commerciale, la navigation de plaisance et l’environnement.

Mais contrairement à une pensée populaire de plusieurs, la régulation n’est pas le principal facteur qui influe sur les niveaux d’eau; « Mère nature » nous rappelle constamment le rôle prépondérant qu’elle occupe que ce soit à l’échelle continentale en regard par exemple au vortex polaire qui influe jusqu’aux conditions météorologiques régionales ou locales (au-dessus des Grands Lacs) du lac Ontario et du bassin de la rivière des Outaouais avec parfois des pluies persistantes, des forts vents  de différentes directions dépendamment des secteurs, les courants dangereux et que dire en hiver de l’ajout à ces mêmes facteurs du rôle du couvert de glace qui n’est jamais pareil d’une année à l’autre, varie énormément au cours de la saison et peut impacter la vitesse d’écoulement libre de l’eau.

À ces facteurs s’invite actuellement la hausse du niveau d’eau de l’ensemble des Grands Lacs en amont. Alors qu’il y a une dizaine d’années, les gens de l’amont criaient leur désespoir face au faible niveau d’eau sur leur rive nuisant ainsi à l’usage de leurs embarcations, voilà que la tendance à l’inverse de très hauts niveaux d’eau semble de retour pour un bon bout de temps avec le risque élevé de dommages aux propriétés riveraines. Toute cette eau ne peut pas s’évaporer complètement et disparaître; elle doit en grande partie redescendre via le lac Ontario pour ensuite transiter par le fleuve Saint-Laurent verts l’océan. Mais même ce passage ne s’effectue pas aussi simplement, le volume d’eau pouvant s’écouler et la vitesse des courant dans la partie amont du fleuve Saint-Laurent, se butent aux dimensions physiques du chenal qui se rétrécit avec l’augmentation du débit, limitant ainsi la quantité d’eau pouvant être écoulée.

Et que dire de l’immense bassin de la rivière des Outaouais qui ne relève pas du Conseil international, dont les eaux de la majeure partie aval ne sont pas régulée et qui se déversent dans le lac des Deux-Montagnes tout près de Montréal. À chaque année, sa crue printanière recèle le potentiel d’être aussi élevé que celle du lac Ontario. À ces moments critiques, le Conseil décidera s’il réduira le débit du lac Ontario considérant le niveau d’eau du lac Saint-Louis et de celui du lac Ontario et d’autres facteurs tels les apports d’eau de l’amont via le lac Érié les conditions météorologiques qui prévalent à cette période afin de fournir toute l’aide possible afin d’aider à diminuer le risque d’inondation.

Quand on réalise qu’une simple diminution en tout temps, de 1 cm du niveau d’eau du lac Ontario provoque une diminution de 15 cm au lac Saint-Laurent situé immédiatement en amont du barrage avec inversement une augmentation de 11 cm plus loin en aval au lac Saint-Louis près de Montréal et une augmentation de 12 cm à la hauteur de Montréal et qu’à cela on ajoute des facteurs d’influence tels ceux cités précédemment, on comprend que dans ce vaste contexte, la tâche du Conseil est d’autant plus importante de tout faire en son possible pour minimiser les risques d’impacts autant pour l’amont que pour l’aval. Il ne faut cependant pas oublier que la régulation n’a qu’un rôle limité et ne peut prévenir de hauts niveaux d’eau dans des périodes soutenues de fortes pluies; d’ailleurs aucun plan de régulation ne pourrait prévenir les inondations face à de tels apports d’eau comme ceux vécu en 2017 et 2019.

Dans cet article, nous ne faisons qu’effleurer certaines des conditions à considérer pour la régulation dont dépend le bien-être de tous les gens et activités reliés à ce magnifique écosystème binational; la percevoir s’effectuant au détriment de quiconque ne rend pas justice aux efforts constants du Conseil pour qu’elle soit égale envers tous considérant les facteurs à adresser, peu importe le lieu géographique.

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